Tribune libre de Michel Bélis / Une démission, suivie de réflexions sur le rôle des citoyens au sein et en dehors des institutions dans nos municipalités du Comminges, et dans les mouvements à venir …

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Une démission, suivie de réflexions sur le rôle des citoyens au sein et en dehors des institutions dans nos municipalités du Comminges, et dans les mouvements à venir …

Bonjour à tous,

Conseiller municipal et adjoint au maire dans le petit village de Montespan (Comminges), j’ai décidé de présenter ma démission, suite à la décision du maire et de la majorité du conseil de supprimer la demi-heure citoyenne (moment d’échanges, de contestations ou de propositions, entre les citoyens, élus ou non) qui avait lieu traditionnellement au début de chaque conseil.

En ces temps où de plus en plus de personnes constatent que l’espace de démocratie s’est réduit comme une peau de chagrin et n’existe pratiquement plus en particulier à l’échelle nationale, en ces temps où beaucoup de personnes réfléchissent aux moyens de retrouver un lieu où se réapproprier des moyens d’expression et de décisions collectives au niveau local (municipalisme), cette décision du conseil municipal était un très mauvais signal pour nous tous.

Poursuivant la réflexion à ce sujet, j’estime par ailleurs que, dans la situation de grave crise (mondiale) actuelle, il n’est pas possible de continuer à finasser ou de « négocier » avec nos gouvernants (soumis aux lois du profit et de la productivité maximale) dans l’intention affichée de « limiter les dégâts » : c’est ainsi que les élus (nationaux, régionaux ou locaux) et les « représentants  ou responsables» de syndicats ou d’associations, mènent les gens de recul en recul, de défaite en défaite (depuis plus de 30 ans …).

Il est temps que nous-mêmes, les peuples, les citoyens, nous organisions pour résister, reprendre les choses en main, nous diriger à travers nos luttes et sous différentes formes, vers un monde nouveau qui banisse la sacro-sainte régle du profit, les inégalités, la course à la production (génératrice d’un désastre social, humain, écologique ...)

Voici quelques extraits de ma lettre de démission (nov-dec 2019), et d’une lettre prémonitoire de juin 2016 (à l’époque du mouvement contre la Loi Travail et de Nuits Debout).

- Lettre de novembre 2019 : Cette décision, vous l'avez prise ensemble, semble-t-il, en mon absence et sans prendre mon avis sur ce point (suppression de la demi-heure citoyenne).

C'est consternant de légèreté par rapport aux principes démocratiques. Je vous rappelle mon point de vue, que vous connaissez aussi bien par mes prises  de paroles publiques, que par la lettre que j'avais adressée à tous en juin 2016, dont voici quelques extraits : « {… } Je dois redire qu'en ce qui me concerne, je n'aurais pas accepté, pour quelque motif que ce soit, une remise en cause de ce moment citoyen, ou de la présence de citoyens pendant les conseils municipaux. Mais, et j'y insiste, la question n'est pas, de mon point de vue, celle d'une quelconque « tolérance », mais celle d'une exigence politique et républicaine, directement liée à l'héritage de la Révolution Française que nous célébrons chaque année le 14 Juillet. Une telle exigence ne saurait être conditionnée ni par nos humeurs, ni par les lois du moment de tel ou tel gouvernement (et surtout pas celui, actuel, qui rogne de tous côtés et de manière de plus en plus violente, les libertés de chacun, en nous martelant qu'il n'y a pas d'autre alternative, et en cherchant à terroriser de diverses façons ceux qui s'opposent à sa politique, se servant contre eux de l'arsenal colonial de l’État d'Urgence, etc). Elle ne saurait non plus être limitée par l'idée que le moment citoyen « toléré », que la présence de citoyens aux conseils municipaux empêcherait d'aller assez vite, ferait perdre en efficacité, ouvrirait la voie à des divergences, voire à des désordres et incivilités, ou paralyserait les élus qui n'oseraient plus s'exprimer librement : je le dis avec force, c'est là le prix à payer pour la culture démocratique tellement menacée aujourd'hui un peu partout dans le monde, et en particulier dans nos sociétés Européennes ! Plus que jamais, il importe de dire et de montrer en pratique partout où nous sommes qu'un élu, même très dévoué, n'est pas hors sol, ou au dessus du citoyen lambda. {…} Par ailleurs, je rappelle que suis personnellement défavorable à ce que je considère comme un manque de transparence dans notre fonctionnement : peu ou pas de compte-rendus détaillés des conseils municipaux, pas de mémoire de ces compte-rendus, que ce soit dans le Journal ou sur le site Internet, qui fonctionnent d'ailleurs séparément, alors que ce devrait être des lieux d'échange, gérés en équipe {...} »

 

J'avais prévenu qu'une remise en cause de la demi-heure citoyenne ne saurait être acceptée par moi : de facto, elle entraîne ma démission.

J'ajoute, pour être clair, que partout dans le monde, les droits démocratiques des citoyens sont bafoués (France, Brésil, USA, Turquie, Kurdistan, Russie, Palestine ... etc.) et que partout, les citoyens résistent en s’appuyant sur le "municipalisme démocratique", entre autres, faute de pouvoir trouver dans les instances de pouvoir une quelconque liberté d'expression (d'où, parfois, des violences que pour ma part je peux comprendre) ...

Enfin, une république démocratique ne peut vivre qu'avec des contradictions, et une variété, une diversité d'opinions et de comportements : critiquer une décision, s'opposer même à une injustice..., accompagner (pour les mamans) des enfants en sortie scolaire en toute liberté, que l'on porte un voile ou non, manifester contre la réduction des droits sociaux, défendre la présence des trésoreries dans nos campagnes, défendre le droit de chaque humain à chercher refuge et l'aider dans ses démarches ... la liste serait longue, et chacun peut, doit aujourd'hui souvent choisir entre ordre et justice ... faute de quoi, l'humanité va à sa perte ! Votre position donne un très mauvais signal en ces temps de réduction des droits de tous, surtout des plus démunis, et de ceux qui tentent de se révolter contre un monde injuste …

- Seconde Lettre (décembre2019) : {} En fait, nos visions des choix à faire face à la crise mondiale (qui frappe aussi nos petites communes) divergent depuis le début : simplement, en 2014, la situation laissait encore espérer un minimum de fonctionnement démocratique et respectueux des demandes des populations, que ce soit dans nos villages, nos villes, en France ou ailleurs dans le monde. Depuis, la situation a considérablement et très rapidement changé, bien plus vite que nous l'avions supposé et impose à chacun des choix radicaux (face à des gouvernances elles mêmes radicales dans leur brutalité contre leurs peuples ... ). Et le choix d'un juste milieu, ou de protestations dans les seules institutions, ne suffit pas, en tout cas c'est ce que je pense depuis le début {}

Pour plus d’infos, quelques liens à consulter (il y en a sûrement d’autres ...).

https://www.revue-ballast.fr/le-municipalisme-libertaire-quest-ce-donc/

https://reporterre.net/Qu-est-ce-que-le-municipalisme-libertaire

https://reporterre.net/Le-municipalisme-est-l-avenir-des-Gilets-jaunes

https://blogs.mediapart.fr/macko-dragan/blog/061219/jecris-ton-nom-libertaire-version-integrale-en-acces-libre

https://lundi.am/5-decembre-et-apres-on-va-faire-simple

https://lundi.am/La-greve-de-Walter-Benjamin

Post Scriptum et Proposition …

- Je ne me définis ni comme libertaire, ni comme anarchiste … ou toute autre forme de mot en iste … mais je reconnais mes espoirs et mes convictions dans l’essentiel de ce que formulent les personnes qui s’expriment dans les vidéos « j’écris ton nom Libertaire ».

- Faisant suite aux Nuits Debout, le mouvement des Gilets Jaunes a été et est encore un grand moment, où chacun s’empare de la parole et tente l’auto-organisation des luttes … souhaitons que dans le Comminges, en particulier à Saint-Gaudens, la présence courageuse aux ronds-points s’accompagne d’une volonté de reprendre la main sur nos luttes, en échangeant entre nous (et pour cela des AG sont INDISPENSABLES, faute de quoi on végète et nos propositions cessent de vivre), et avec les autres : il faut renouer avec les AG des AG (à Montpellier, en novembre 2019, plus de 700 délégués venus de tous les endroits de France, villes et campagnes, ont débattu justement de la question cruciale de la mise en pratique du « municipalisme  libertaire» …

- En un premier temps, il serait peut-être possible que chacun exige de ceux qui se présentent aux municipales, l’instauration d’une demi-heure (ou plus…), d’un temps citoyen pendant les conseils municipaux, avec liberté d’intervenir, de contester, de proposer, dans un échange à égalité …. et pourquoi pas, des assemblées citoyennes, groupes d’actions solidaires, et que les conseils municipaux ou autres réunions fassent l’objet de compte rendus détaillés (avec les positions contradictoires des différents participants, élus ou non) etc … Qu’en pensez-vous ?

Solidairement,

M.B.

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