Faire front contre le "permis de tuer"

40 manifestants devant le tribunal de St-Gaudens le 20 sept. 2026

La chronologie détaillée et les dates clés

•  ​28 février 2017 : Adoption de la loi Cazeneuve créant l'article L. 435-1 du Code de la sécurité intérieure. Elle aligne le régime d'usage des armes des policiers sur celui des militaires et élargit les conditions d'ouverture du feu lors des refus d'obtempérer. 
•  ​3 décembre 2024 : Dépôt de la proposition de loi n° 691 à l'Assemblée nationale visant à créer une « présomption de légitime défense pour les forces de l'ordre ». 
• ​14 janvier 2026 : Rejet initial de la PPL 691 en commission des lois de l'Assemblée nationale.
•  ​22 janvier 2026 : Examen en séance lors d'une journée réservée au groupe Droite Républicaine. Le gouvernement dépose un amendement réécrivant le texte pour instaurer la « présomption de légalité des tirs » (ou « présomption d'usage légitime de l'arme »). Faute de temps, le vote n'a pas lieu immédiatement. 
• ​4 mai 2026 : Colloque à l'Assemblée nationale réunissant le Syndicat de la magistrature, des juristes, des chercheurs et des familles de victimes pour dénoncer le texte.
•  ​26 juin 2026 :
◦ ​La Défenseure des droits rend un avis défavorable contre le texte.
◦ ​L'association SAVE lance une pétition officielle sur le site de l'Assemblée nationale réclamant le retrait de la loi.
• ​30 juin 2026 : Une conférence de presse des collectifs à l'Assemblée accélère fortement les signatures de la pétition.
•  ​7 juillet 2026 :Adoption du texte en première lecture à l'Assemblée nationale par 313 voix contre 199. La présidence de l'Assemblée utilise l'article 44, alinéa 2 de la Constitution pour couper court aux débats sur les amendements de l'opposition. 
• ​16 juillet 2026 : Conférence de presse commune (Amnesty, LDH, Syndicat de la magistrature, SAF, SAVE) annonçant une grande mobilisation.
•  ​21 juillet 2026 : Clôture définitive de la pétition avec 732 086 signatures (sans débat en séance malgré le franchissement du seuil requis de 100 000). 
• ​20 septembre 2026 : Grande marche nationale unitaire organisée dans toute la France contre le texte.
• ​Octobre 2026 (prévision) : Inscription du texte à l'agenda du Sénat dans le cadre de la navette parlementaire.

Les personnes et acteurs impliqués

​🏛️ Figures politiques et institutionnelles
• ​Éric Pauget : Député Les Républicains (LR), auteur du dépôt de la proposition de loi n° 691 initiée par l'extrême droite et la Droite Républicaine.
• ​Laurent Nuñez : Secrétaire d'État/Ministre/Responsable gouvernemental ayant défendu l'amendement du gouvernement instituant la « présomption de légalité des tirs », réfutant le fait que ce texte créerait un surcroît de décès lors des interventions.
• ​Morris Tidball-Binz : Rapporteur / expert des Nations unies (ONU), ayant alerte sur le risque d'impunité accrue des forces de l'ordre en France si cette loi était validée.
​⚖️ Syndicats, Magistrats et Juristes
• ​Syndicat de la Magistrature (SM) & Syndicat des Avocats de France (SAF) : Organisations de juristes fermement opposées au texte, démontant la rhétorique du gouvernement en soulignant qu'un tir présumé légal d'emblée étouffe les investigations (absence de garde à vue, perte d'accès aux preuves).
• ​CGT-Intérieur : Syndicat au sein du ministère de l'Intérieur s'opposant également au texte, rappelant que le cadre légal existant (légitime défense du Code pénal) est déjà suffisant et qu'une présomption fragilise la sécurité juridique des agents tout en détruisant le lien de confiance avec les citoyens.
​📢 Collectifs et ONG
• ​SAVE (Stop aux Violences d'État) : Association née en 2023, à l'initiative de la pétition nationale et co-organisatrice des marches.
• ​Ligue des Droits de l'Homme (LDH) & Amnesty International France : Principales ONG de défense des droits humains dénonçant la bascule vers un État autoritaire et l'inversion de la charge de la preuve au détriment des familles de victimes

Recours

🏛️ 1. Devant le Conseil constitutionnel (France)
​Si 60 députés ou 60 sénateurs saisissent le Conseil constitutionnel avant la promulgation de la loi, les juges constitutionnels pourraient censurer le texte sur la base de plusieurs grands principes :
• ​Atteinte au principe d'égalité devant la loi (Article 6 de la DDHC) : La Constitution impose que tous les citoyens soient égaux devant la justice. Créer un privilège d'exonération automatique (une présomption de légalité) rattaché non pas à un danger immédiat, mais à la seule qualité d'agent de l'État, romprait l'égalité devant la loi pénale.
• ​Rupture de l'égalité des armes et droits de la défense (Article 16 de la DDHC) : En imposant aux victimes ou à leurs familles de prouver que le tir était illégal (alors qu'elles n'ont ni les pouvoirs d'enquête, ni l'accès immédiat aux pièces), le texte crée un déséquilibre majeur dans le procès pénal et porte atteinte à l'accès effectif au juge.
• ​Atteinte à l'indépendance de l'autorité judiciaire (Article 64 de la Constitution) : En pré-jugeant par la loi que le tir d'un agent est légal avant même toute investigation, le pouvoir législatif entrave le pouvoir du juge d'instruction et du procureur d'enquêter librement et d'ordonner des mesures de contrainte (gardes à vue, saisies d'urgence).
​🇪🇺 2. Devant la Cour européenne des droits de l'homme (CEDH)
​Si la loi venait à être promulguée et validée en France, toute victime ou ayant droit pourrait poursuivre l'État français devant la CEDH à Strasbourg. La Cour sanctionne très sévèrement les dérives sur l'usage de la force létale par les États membres sur le fondement de la Convention européenne des droits de l'homme :
•  ​Violation du Droit à la vie (Article 2) : Selon la jurisprudence constante de la CEDH, le recours à la force armée par les forces de l'ordre doit être strictement absolu et proportionné. La CEDH pose en principe qu'il appartient à l'État de prouver que la mort causée par un policier était absolument nécessaire, et non aux victimes de prouver l'inverse. 
• ​Manquement à l'obligation d'enquête effective (Volet procédural de l'Article 2) : La CEDH exige que chaque mort causée par un agent public fasse l'objet d'une enquête officielle, indépendante, rapide et approfondie. En incitant à ne pas placer l'agent en garde à vue ou en affaiblissant les premières heures de collecte de preuves (vidéos, téléphones) au motif que le tir est « présumé légal », la France se mettrait en violation directe de son obligation d'enquêter.
• ​Atteinte au Droit à un procès équitable (Article 6) : L'inversion de la charge de la preuve au détriment des familles des victimes et les obstacles créés pour accéder à la vérité constituent une rupture caractérisée du droit à un recours effectif devant un tribunal neutre.
⚖️ Comment la CEDH « retoquerait » concrètement la France ?
1. ​Condamnations individuelles et financières : La CEDH peut condamner la France à verser de lourdes indemnités aux familles de victimes pour violation du droit à la vie et absence d'enquête impartiale.
2. ​Obligation de réformer le droit (Arrêt-pilote) : Au-delà d'une amende, si plusieurs requêtes s'accumulent, la CEDH peut rendre un arrêt imposant à la France de modifier ou d'abroger la loi litigieuse dans son droit interne.
3. ​Pression diplomatique internationale : Les arrêts de la CEDH sont sous la surveillance du Comité des Ministres du Conseil de l'Europe, ce qui placerait la France au rang des pays régulièrement épinglés pour non-respect de l'État de droit et des libertés fondamentales.

Le fonctionnement juridique et le contenu du texte

​La proposition de loi s'inscrit dans le prolongement de la loi de 2017 (article L. 435-1 du Code de la sécurité intérieure), qui avait déjà assoupli le cadre d'usage des armes par les forces de l'ordre lors de refus d'obtempérer.
​Cette nouvelle loi va plus loin en instaurant une présomption d'usage légitime / présomption de légalité des tirs :
1. ​Inversion de la charge de la preuve : Jusqu'ici, il appartenait à l'État de démontrer qu'un tir mortel effectué par un agent était strictement nécessaire et proportionné. Avec cette loi, le tir est automatiquement considéré comme légal d'emblée. C'est donc aux familles des victimes de prouver devant la justice que le tir était illégal.
2. ​Affaiblissement des enquêtes judiciaires : Le policier ou gendarme auteur du tir bénéficiant d'une présomption de légalité dès l'ouverture du feu, il pourrait ne pas être automatiquement placé en garde à vue ou considéré comme suspect immédiat. Selon les associations, cela risque de freiner la collecte de preuves essentielles (saisie rapide des bandes de vidéo-protection, téléphones, audition à chaud).
3. ​Risque de non-lieu et d'impunité : Les opposants estiment que cette disposition va accroître le sentiment d'impunité et déboucher sur un nombre encore plus élevé de classements sans suite ou de non-lieux lors des procédures judiciaires.

Les critiques et arguments des opposants

• ​Atteinte au droit international et à la CEDH : Les ONG soulignent que la Cour européenne des droits de l'homme (CEDH) impose à l'État d'apporter la preuve de la nécessité et de la proportionnalité lors du recours à la force létale. Un expert de l'ONU a également tiré la sonnette d'alarme sur les risques d'impunité.
• ​Conséquences sur les tirs mortels : Les associations rappellent que depuis l'introduction de l'article L. 435-1 en 2017, les tirs mortels sur des véhicules en refus d'obtempérer ont été multipliés par 5, entraînant au moins 35 décès d'occupants de véhicules. Amnesty et la LDH craignent qu'une telle loi n'augmente davantage le nombre de victimes.
• ​Impact disproportionné sur les personnes racisées : Amnesty International met en avant le fait que les jeunes hommes perçus comme noirs ou arabes subissent un nombre nettement supérieur de contrôles d'identité, ce qui les expose davantage aux dérapages et tirs lors de contrôles.

 

Partager ce billet Partage

CafDv

Author: CafDv

Restez au courant de l'actualité et abonnez-vous au Flux RSS de cette catégorie

Commentaires (0)

Soyez le premier à réagir sur cet article

Ajouter un commentaire Fil des commentaires de ce billet

Les commentaires peuvent être formatés en utilisant une syntaxe wiki simplifiée.


Parse error: Unclosed '{' on line 38 does not match ')' in /home/lecavbsm/public_html/dc2/cache/cbtpl/b4/a4/b4a44736d9fe11a761a12ac5f705d9fb.php on line 39